Ne sortez pas avec un surfeur.

English version below.

© Guillaume Rouan

Ne sortez pas avec un surfeur.

On a toutes rêvé un jour de rencontrer une de ces mystérieuses créatures bronzées, à l’allure nonchalante et à la crinière salée, oui, vous voyez de qui je parle : LE SURFEUR.

Cheveux au vent, vous vous imaginez déjà sillonner les routes à ses côtés, libres, jeunes et fougueux.

Je me revois encore à nos débuts, répondre fièrement à la fameuse question : 
“Où est ton mec ? ”
“Il est parti sur la côte ce matin à l’aube, l’appel de la houle you know”

Bon, après plus de 5 ans, je vous avoue que ma vision a quelque peu changé.

Non, désolée, le surfeur n’est pas qu’un être sociable, libre et insouciant qui vit de sel et de swell. Non ça, il le réserve pour Instagram.

J’ai pris quelque temps à le comprendre mais il faut savoir que le surf, c’est bien plus qu’un simple sport, c’est une passion. Non, c’est même une obsession, capable de transformer un être du tout au tout et de gâcher tes vacances en moins de 5 minutes !
Je pense que je pourrais noircir une dizaine de pages pour décrire le quotidien mais j’ai décidé de me concentrer essentiellement sur les vacances car ce moment tant attendu résume à lui seul les vices et faces cachées de cette pratique.

La première chose à savoir quand tu sors avec un surfeur, c’est que les vacances à 2 ne seront plus jamais les mêmes, non, c’est des vacances à 3. 
Oublie les treks et les rizières, chaque destination, sera finement étudiée, analysée, un seul critère compte : LES VAGUES.

Une fois la destination trouvée, une longue négociation pour élaborer un itinéraire équilibré débute. 
Il commence à faire la gueule.

Puis, c’est le moment du départ. La pression monte, est-ce qu’il y aura des vagues ? On attérit.
Alors que tu t’exclames à la vue des jolis palmiers et oiseaux exotiques, le surfeur, lui, ne lève même pas la tête, penché sur son application, il rafraîchit frénétiquement la page pour s’assurer des conditions. Tout d’un coup, un cri perçant retentit faisant sursauter le chauffeur :
Les conditions ont changé P**** !”
Ah non mais là, va falloir changer tout le programme, je vais surfer jeudi, au lieu de mercredi, ou alors mardi au lieu de samedi, va falloir changer le programme…”
Tu n’écoutes plus, il fait la gueule.

Jour 2 – Ca y’est, les affaires sont posées, les vacances peuvent commencer ! 
8h30 – Tu as négocié pour un spot avec une jolie plage, tu t’imagines déjà lézarder tranquille sur ta serviette.
Mais non ! Avant chaque session se déroule une sorte de rituel étrange, ils appellent ça dans leur langage : “Aller checker les spots”.
La première fois, je dois avouer que c’est marrant, tu es excitée, intriguée, c’est beau ! Il tente de t’expliquer les séries, vous vivez un moment de complicité.
Sauf que ce que tu ne sais pas, c’est que ce sont le vent et les vagues qui décident et tout peut changer en 1 heure.
Rapidement, le surfeur est déçu  :
“Non ça va pas, c’est pas bien, c’est pas régulier, c’est pas assez gros.”
“Quoi ? Ben ya des vagues non ?”
Il soupire : “Tu ne comprends rien.”
“Mais regarde la plage comme elle est belle.”
“Non, on bouge.”

Puis rebelote, voiture, affaires, marche, check… voiture, affaires, marche, check… 
Jusqu’à trouver LE spot parfait. Partis à 9h, tu finis par poser ton cul à 11h …. enfin un peu de repos. 

Toujours pas ! Tout surfeur qui se respecte est secrètement en quête du cliché qui le fera socialement vibrer auprès de sa communauté. Ni une, ni deux, il te file son portable, une bise sur la joue et le voilà parti affronter les éléments.
Enfin un peu de calme, tu baisses la tête deux secondes vers ton bouquin, quand tu la relèves, Gauche, droite, merde, tu l’as déjà perdu.. en même temps ils ont tous une combi noire à l’eau…
S’en suit alors une quête effrénée pour le retrouver parmis tous ces petits phoques noirs.
Tu es sur le qui vive, objectif à la main, tu essayes de reconnaître son style, “allez, il s’élance, c’est lui, je le sens, non attends il est capable de faire cette figure ? je sais pas.. “.

Tu en es à ta 54ème vidéos depuis 2 heures, sans avoir pu lire une p***** de ligne de ton livre ni fermer les yeux.
Il sort enfin, sourire aux lèvres, te lance fièrement : 
“Alors, tu as vu mon roller sur la droite ? 
“Ah ouai, ouai wahou !” – (tu ne sais pas de quoi il parle)

Tu lui montres le fruit de ton travail :
“Regarde comme tu étais bien.”
“C’est pas moi.”
Il fait la gueule. On rentre.

Mais au moins il a pu surfer car dame nature est capricieuse. Si les conditions ont changé le matin, entre la visite du temple et le safari. Le surfeur devient fou, déçu, enragé. Muré dans le silence, il traîne des pieds, ne répond plus, il fait la gueule. 

Voilà, ça vous donne un rapide aperçu de cette passion, à la fois fascinante, frustrante et déchirante. 
“Tu ne peux pas comprendre” me répète-t-il sans cesse.
“Oui, oui..” 

© Jeff Divine

Je vous épargne toutes les autres situations loufoques que vous vivrez : les négociations avec les locaux pour aller sur des spots en bateau, les bouts de chair restés sur le corail qui font frôler le rapatriement, les réveils à 5h30, le transport des planches sur la tête, sous les pieds et j’en passe. 

Bon là tu te dis ok, mais ça va, c’est que durant les vacances.
Tu te trompes encore. Le surfeur pense, mange, dort surf et ce, toute l’année.

Quand il n’est pas en vacances ?
Il cherche sa 10ème planche à empiler dans ton 35 m2.

Ah les planches, parlons de cet amour incompréhensible qui unit le surfeur à cet objet plat et envahissant. TGV, métro, clio 2 places, ce qui est frappant c’est cette volonté de vouloir l’emmener partout, tout le temps, au cas où une vague se pointerait au dernier moment.

La dernière chose à savoir quand tu sors avec un surfeur c’est qu’il est inutile de prévoir des choses à l’avance, une fois de plus, les conditions s’invitent dans la danse.

Oublie le dîner chez Aurélien et Colleen prévu depuis 15 jours.
Jeudi soir, 22h38, il tourne en rond, tu le trouves étonnamment gentil, il en fait trop, il te complimente sur ta veste achetée il y a plus de 3 mois, puis, il ne tient plus et finit par lâcher le morceau.
“Heu voilà il y a une place qui se libère, on va peut-être aller surfer samedi, juste l’aller retour, ou alors peut être rentrer dimanche matin, enfin je sais pas, ou dimanche soir, enfin ça dépend, enfin on verra, je te dis quoi…”

© Ryan Bonvouloir

Dimanche soir, attendu pour 19h, il déboule à 23h15, ensoleillé certes mais surtout ensablé.

Tu n’as même pas le temps de tourner la tête que ton salon se remplit en deux minutes de choses diverses : serviette, combis (il en a pris deux tu sais pas pourquoi), planche..
Il file directement à la douche, défonçant toute la salle de bain qui tu as mis 1 heure à nettoyer 2 heures plus tôt.

Sans parler du séchage de tout l’attirail. Oui, on est encore loin de la maison de 1000 m2 dans les Landes. Comme tous parisiens qui se respectent, le séchage se déroule dans la salle de bain de 4m2. C’est parti pour se doucher pendant 4, 5 jours entre la cagoule, les chaussons et la combi qui te colle au corps, tel un rideau de douche.
Je ne saurais vous décrire l’odeur âpre du néoprène qui s’en dégage mais on est loin de l’odeur du Monoï.

Alors à la fameuse question qui revient sans cesse (je ne sais pas pourquoi mais les gens sont persuadés que seuls les surfeurs peuvent s’accoupler entre eux) :
“Tu surfes toi ?”
 “Non, écoute, je fais de la céramique, je crois que c’est moins engageant.”

Mais au final, le surf, c’est quand même fascinant car après chaque session, le surfeur est apaisé, libéré, tu es tranquille pendant quelques jours. Tu peux lui demander ce que tu veux, il est juste heureux, tendre et amoureux.

Il ne fait plus la gueule.

Elsa Vieljeuf.

© Chris Klopf

Don’t date a surfer.

We’ve all dreamed of one day meeting one of those mysteriously tanned, nonchalant looking, freshly rinsed-out from last session guys, yes, you know who I mean: 
THE SURFER.

Hair blowing in the wind, you can already imagine yourself crisscrossing the roads with him, free, young and feisty.
I can still remember when we started dating, proudly answering the famous question: 
“Where’s your boyfriend?”
“He left for the coast this morning, at dawn, the call of the sea you know”

Well, after more than 5 years, I have to admit that my vision has changed somewhat.
No, sorry, the surfer is not just a sociable, free and carefree being who lives on salt and swell. No, he’s saving that for Instagram.

It took me a while to figure it out, but you have to know that surfing is more than just a sport, it’s a passion. No, it’s worse than that even, it’s an obsession, capable of transforming a person and ruining your vacation in less than 5 minutes!

I think I could fill a dozen pages describing the daily routine, but I decided to focus mainly on holidays, because this long-awaited moment alone sums up the vices and hidden facets of this obsession.

The first thing to know when you go out with a surfer is that holidays for two will never be the same, no, it’s a holiday for three. 
Forget about hiking and rice fields, each destination will be finely studied, analyzed, with only one criterion in mind: WAVES

Once the destination has been found, a long negotiation to work out a balanced itinerary begins. 
He’s starting to pout.

Then it’s time to leave. The pressure is mounting, will there be waves? We land.
As you exclaim at the sight of the pretty palm trees and exotic birds, the surfer doesn’t even raise his head, leaning over one of his surf applications, he frantically refreshes the page to make sure of the conditions. All of a sudden, a scream rings out and the driver is startled:
“Conditions have changed, damn it!”
“Ah no, but now we’re going to change our plans,  I’ll be surfing on Thursday instead of Wednesday, or Tuesday instead of Saturday …we will have to change everything…”

You don’t listen anymore, he’s pissed off.

© Jeff Divine

Day 2 – that’s it, business is done, the holidays can begin! 
8.30am – you’ve negotiated for a spot with a nice beach, you can already imagine yourself relaxing on your towel.
But no, you can’t! Before each session there’s some kind of strange ritual, they call it in their language: “checking the spots”.
The first time, I must admit it’s kind of interesting, you’re excited, intrigued, you discover the immensity of it, it’s beautiful! He tries to explain the sets to you, you live a moment of complicity.

Except that what you don’t know is that it’s not you who decides the spot, it’s the wind and the waves, and everything can change in an hour.
Quickly, the surfer is disappointed, he says:
“No, it’s not right, it’s not regular, it’s not big enough.”
“What? Well, there are waves, aren’t there?”

He sighs: “You don’t understand anything.”
“But look how beautiful the beach is.”
“No, we’re leaving
.”

Then, again and again: car, grab your things, walk, check… car, grab your things, walk, check… 
Until we find THE perfect spot. Leaving at 9am, you eventually end up somewhere acceptable at 11am … finally, time get some rest. 

But no! Any self-respecting surfer is secretly looking for the perfect shot that will make him socially acceptable within his community. Without warning, he gives you his phone, a kiss on the cheek and there he goes to face the elements.
Finally a bit of calm, you lower your head for two seconds towards your book, when you raise it up, Left, right, shit, you’ve already lost him… they all have on black suits in the water…
A frantic search ensues to pick him out among all these little black seals.
You’re vigilant, objective in hand, trying to recognize his style, “come on, it’s him, I can feel it, no wait, can he do that trick? I don’t know… “.

You’re on your 54th video after two hours and you haven’t been able to read a fucking line in your book or close your eyes.
He finally comes out, smiles, and proudly asks:  
“So did you see my lay back on that right? 
“Ah yeah, yeah wow!” – (you don’t know what he’s talking about)

You show him the fruits of your labor:
“Look how good you were.”
“That’s not me.”
He’s sulking. Let’s go home.

But at least he got to surf. Yes, because Mother Nature is temperamental. If conditions changed in the morning, between the temple visit and the safari… The surfer becomes crazy, disappointed, enraged. Walled in silence, he drags his feet, doesn’t answer anymore, makes a face. 

There you have it, a glimpse of this passion, at once fascinating, frustrating and heartbreaking. 
According to him: “you can’t understand” he repeats over and over again.
“Yes, yes…” 

© Jeff Divine

I’ll spare you all the other crazy situations you’ll experience like negotiations with a local fisherman to go to spots by boat, the bits of flesh left on the coral that make returning home a real possibility, waking up at 5.30 am, transporting surfboards on your head, under your feet, and so on. 

Now you’re thinking ok, but it’s ok, it’s only during the holidays.
You’re wrong again. The surfer thinks, eats, sleeps surfing all year round.

What about when he’s not on vacation?
He’s looking for his tenth board to stack in your one bedroom apartment…
Ah and the boards, let’s talk about this incomprehensible love that unites the surfer to this flat and obtrusive object. The train, subway, a small car, what is striking is their will to want to take them everywhere, all the time, in case a wave may show up at the last moment out of nowhere: 
“But now we’re not going anywhere near the beach you know.”
He’s sulking.

The last thing you need to know when you’re dating a surfer is that it is useless to plan ahead, once again, the conditions can always change.

Forget the dinner at Aurélien and Colleen’s that we’ve been planning for two weeks.
Thursday evening, 10:38 pm, he’s going around in circles, you find him surprisingly nice, he’s overdoing it, he’s complimenting you on your jacket bought more than 3 months ago, then, he can’t take it anymore and ends up spilling the beans.
“So, there’s a place that’s opening up, maybe we’ll go surfing on Saturday, just for the day, or maybe we’ll come back Sunday morning, I don’t know, or Sunday night, it depends, we’ll see, I’ll tell you what…”

Well we’re not going to lie to each other, the ardor of the beginnings eh… happy to give you a quiet weekend, you let him go without flinching. 

Then, comes Sunday evening, you expect him around 7pm, it comes and goes and he arrives at 11:15pm, smiling but especially sandy.

You don’t even have time to turn your head as your living room fills up in two minutes with various things: towel, wetsuit (he took two you don’t know why), board… 
He goes straight to the shower, trashing the whole bathroom you took an hour to clean.

Not to mention drying all the gear. Yes, we’re still far from the big house in the south west of France. Like any self-respecting Parisian, the drying takes place in our very tiny bathroom. You are stuck showering for 4 or 5 days between the hood, the slippers and the suit that sticks to your body like a shower curtain.
And I can’t even describe the terrible odor wafting off the neoprene, let’s just say it’s far from the smell of roses.

Then to the famous question that keeps coming up again and again (I don’t know why but people are convinced that only surfers can mate with each other) : 
“Do you surf?”
“No, look, I do ceramics, I think it’s less time-consuming / engaging.”

But in the end, surfing is still fascinating because after each session, the surfer is soothed, freed, you are at peace for a few days. You can ask him what you want, he’s just happy, tender and in love.

He doesn’t sulk any more.

Elsa Vieljeuf.

© Ryan Bonvouloir