On oublie pas sa première planche.

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Ma première planche

Chaque année nous allions passer quelques semaines dans la maison familiale cachée dans la forêt de pins près des Bourdaines à Seignosse.
Très vite, mes parents m’ont laissé m’amuser dans les vagues avec un bodyboard en polystyrène qui ressemblait à un knee board et me brulait la peau du torse.
J’ai eu le droit à un vrai bodyboard quelques temps plus tard, un avec une “coque” dessous comme je disais à l’époque.
J’ai vite trouvé le bodyboard assez limité et j’avais l’impression d’avoir fait le tour après avoir réussi un “Rollo”.
Je rêvais d’essayer le surf mais l’achat d’une planche représentait des années d’argent de poche.
On est parti un week-end en famille au Cap Ferret chez un ami un peu excentrique de mon père. Il vivait seul dans une maison de la pointe, il s’auto-suffisait en péchant des mulets dans les baïnes, en ramassant des crustacés dans le bassin et en bricolant des voitures. Il faisait du surf et partait régulièrement à Bali, sa maison était un peu le point de ralliement pour les surfeurs de passage. 
Dans le garage, il y avait des dizaines de planches. Une planche jaunie et poussiéreuse était à part. Je frottais le pont et découvrais un logo « Linden ».
« Tu la veux? Elle est à une fille qui la surfait à Guéthary Il y a longtemps mais elle est bien abimée ».
C’était un semi gun Gary Linden, une 6’4 avec un joli pintail et des ailerons résinés. Une planche pour charger et s’enfiler de longs barrels.
La première nuit je me suis réveillé 10 fois pour allumer la lumière et la regarder. J’en étais dingue, c’était ma première planche.

En rentrant, on s’est mis au travail avec mon père pour la remettre en état. Le pont était délaminé, ça faisait comme des grosses bulles au niveau des pieds.
On est allé acheter de la résine dans un magasin de bricolage et on a rempli les bulles. Le durcisseur de la résine était rose, mon père me rassurait en me disant “mais non la couleur va partir en séchant”. Elle n’est jamais partie. 
La planche avait de grosses tâches roses, j’étais dégouté mais je l’aimais toujours autant. J’ai collé mes autocollants Rip Curl préférés dessus et même le sticker Sex Wax en l’enlevant doucement du pain de wax et en remettant une couche de UHU stick par dessus.
J’habitais à 300km de la plage la plus proche dans un des départements les plus ruraux de France, j’allais devoir patienter longtemps avant de l’essayer.
J’ai mesuré les dimensions de la planche et j’ai mis des traces au crayon de papier sur le sol de ma chambre pour m’entrainer à faire des take off en rentrant du collège après les devoirs.
Quelques mois après on est parti à Biscarosse chez des amis de mes parents, l’occasion d’essayer la planche pour la première fois.
Le veille impossible de fermer l’oeil, j’étais trop excité.
On était en Mars et je n’avais pas de combi. Mon père m’a bricolé un équipement avec un shorty Decathlon, une combi de plongée et des chaussons trop grands de planche à voile. Le tout était tellement rigide que j’arrivais à peine à plier les bras ou me baisser.
Les conditions était idéales, un petit mètre sans vent avec du soleil.
Je n’ai pas pris une seule vague.
Je n’arrivais pas à ramer assez fort. Je suis resté plus de 3h dans l’eau, j’avais les lèvres violettes et je ne sentais plus mes extrémités. 
Ma mère hurlait sur le rivage pour que je rentre. 
-“Ça suffit Guillaume tu sors maintenant !” 
-“J’essaie encore une et j’arrive !”
Je me suis fais un peu engueuler mais vu que je tremblais de tous mes membres elle a été indulgente.
On a mis le chauffage à fond dans la voiture et sans avoir pris une seule vague j’étais heureux.
Le lendemain, les conditions étaient vraiment solides et je n’ai pas pu surfer. Je suis resté sur la plage à regarder les locaux surfer un bon 2m.
Je me disais que mon objectif c’était ça, savoir surfer plus tard.

Je n’ai jamais quitté cet objectif de vue même si je vis aujourd’hui loin des côtes avec quelques cheveux blancs et 20 années de plus.
J’ai toujours la même fougue et cette excitation qui m’empêche de dormir la veille des sessions.
La Linden est toujours dans le garage de mes parents. Je la garde comme une relique.  
Une relique aux tâches de résine roses qui m’a offert mes premières vagues.

On oublie jamais sa première planche.

Guillaume Rouan.

My first surfboard

Each year we would spend a few weeks in the family house hidden in the pine forest near Les Bourdaines in Seignosse.
Very quickly, my parents let me have fun in the waves with a styrofoam bodyboard that looked like a knee board and burned my chest skin.
I’ve got a real bodyboard some time later, one with a “shell” underneath as I said at the time.
I quickly found the bodyboard quite limited and I had the impression that I had done everything after having made a “Rollo”.
I dreamed of trying surfing but buying a surfboard was years of spending money.
We went on a family weekend to Cap Ferret to stay with a slightly eccentric friend of my father’s. He lived alone in a house at the tip of the point, he was self-sufficient in fishing mullets in the bay, collecting crustaceans from the basin and tinkering with cars. He was surfing and going regularly to Bali, his house was a bit of a rallying point for visiting surfers.
In the garage, there were dozens of boards. A yellowed and dusty board was separate. I rubbed the deck and discovered a “Linden” logo.
« Do you want it? It belongs to a girl who surfed it in Guéthary a long time ago but it’s pretty damaged ».
It was a Gary Linden semi gun, a 6’4″ with a nice pintail and glassed-on fins. A board to charge and slip into long barrels.
The first night I woke up 10 times to turn on the light and look at it. I was crazy about it, it was my first surfboard.

When we got home, we went to work with my father to fix it. The deck was delaminated, it felt like big bubbles on the feet.
We went to a hardware store to buy resin and filled the bubbles. The hardener of the resin was pink, my father reassured me by telling me « the color will go away when it dries ». It never left. 
The board had big pink spots, I was disgusted but I still loved it as much as ever. I glued my favorite Rip Curl stickers on it and even the Sex Wax sticker by gently removing it from the wax bar and putting a layer of UHU stick back on top.
I lived 300km from the nearest beach in one of the most rural departments of France, I was going to have to wait a long time before trying it.
I measured the dimensions of the board and put pencil marks on the floor of my room to practice take off when I got home from school after homework.
A few months later we went to Biscarosse to stay with friends of my parents, the opportunity to try the board for the first time.
I couldn’t sleep the night before, I was too excited.
It was March and I didn’t have a wetsuit. My father made me an outfit with a Decathlon shorty, a diving suit and oversized windsurfing shoes. The whole thing was so rigid that I could barely bend my arms or bend down.
The conditions were ideal, a small meter without wind and sunshine.
I haven’t caught a single wave.
I couldn’t paddle hard enough. I was in the water for more than 3 hours, my lips were purple and I couldn’t feel my extremities. 
My mother was screaming on the shore for me to come home. 
-“That’s enough, Guillaume, you’re going out now!” 
-“I’ll try one more time and I’ll be there!”
I got a little bit yelled at, but since I was shaking with all my limbs, she was lenient.
We put the heating on all the way in the car and without taking a single wave I was happy.
The next day, the conditions were really heavy and I couldn’t surf. I stayed on the beach watching the locals surf a solid 2m.
I thought that my goal was to know how to surf later.

I have never lost sight of this objective, even though I now live far from the coast with a few white hair and am 20 years older.I still have the same energy and excitement that keeps me awake the night before the sessions.
The Linden is still in my parents’ garage. I keep it as a relic.  
A relic with pink resin spots that gave me my first waves.

You never forget your first surfboard.

Guillaume Rouan.